Retour sur les Journées d’étude (suite) : jeudi après-midi

Je reprends le principe exposé dans le précédent billet : je m’appuie ici sur le contenu des tweets postés pendant les Journées d’étude – ainsi que sur le contenu des slides utilisés par les intervenants.


Atelier sur « le jeu vidéo au service de l’information journalistique »

Spécialiste des serious game, Olivier Mauco (Ingénieur d’étude/CNRS) a introduit cet atelier par une conférence sur le newsgame que l’on peut traduire par jeu vidéo d’information. Il est revenu sur la genèse des newsgames, en précisant que 2003 représente une date charnière (avec la mise en ligne September 12th, un jeu sur la guerre contre le terrorisme). C’est plus tard, en 2009, que la presse commence à s’intéresser à ce nouveau format dont Olivier Mauco propose une typologie.

-La première catégorie de newsgames, et peut-être la plus connue, est celle des « cartoon games ». Ce type de newsgame s’isncrit dans la filiation des dessins de presse. Il s’agit de jeux simples (temps de production court et contenu faible) basés sur un événement d’actualité (les attentats de Madrid pas exemple) saisi comme un prétexte pour produire un jeu vidéo dont ont souhaite qu’il fasse du « buzz ».

-Plus à distance de l’actualité chaude, le deuxième type de newsgames, le « documentary game », traite de sujets de fond (problèmes politiques et sociaux) et de thèmes plus généraux. Il repose sur un travail d’enquête et propose un « contenu éditorial fort ».

-Un autre type de newsgames est l’« editorial game », un jeu sensé véhiculer une opinion, un « propos politique » ou un point de vue sur le monde.

-Enfin le dernier type de newsgames nous conduit dans un univers proche de celui du data journalim, où l’on nous permet de jouer avec des données issues notamment des grandes bases de données publiques en combinant infographie et gameplay. Ce type de jeu, ici nommé « dataplay », à l’instar du documentary game, témoigne bien de la porosité des frontières entre les nouveaux formats de l’information (webdoc, data journalism, newsgame).

Suite à cette conférence, Florent Maurin qui intervenait depuis Paris en visionconférence, devait présenter le jeu vidéo développé par le Monde.fr et KTM (une boite de webdesign), en partenariat avec l’ESJ. Or la connexion étant très mauvaise (ce qui valu quelques remarques sarcastiques sur Twitter ), cette présentation fut brève. « Primaires à gauche », dont la sortie officielle a été reportée en raison de « l’affaire DSK », est un projet pionnier, le premier véritable newsgame produit par un titre de presse. Le mariage du jeu vidéo et du journalisme n’en est qu’à ses balbutiements: « le blog de Florent Maurin donne quelques exemples, mais il n’y a pas beaucoup de vrais newsgames aujourd’hui ». Sur le jeu en lui même, sur on ne saura pas grand chose, hormis qu’il s’agit d’un jeu en ligne sur la campagne des primaires au parti socialiste, dans lequel le joueur doit engager des duels avec des adversaires politiques, recruter des alliés et amasser le plus d’intentions de votes. Quant à la démarche, il est dit qu’au Monde.fr, « on cherche un jeu qui pousse à réfléchir », un jeu vidéo qui permette d’apprendre en jouant. Philippe Useille (Université de Valenciennes/DeVisu) et Aurélia Lamy (Université Lille3/Geriico) qui ont démarré un travail de recherche sur le newsgame à partir du cas « Primaires à gauche » se sont intéressés aux usages et aux publics du newsgame. Ils se sont demandés à qui s’adresse ce jeu du Monde.fr qui s’inscrit clairement dans une logique d’innovation (R&D) ? Aux gamers, aux usagers du site du Monde, aux jeunes peu intéressés par l’information ? L’enquête montre que les concepteurs du jeu n’ont pas une idée précise du public qu’ils imaginent toutefois plutôt jeune et partageant la culture de l’innovation du Monde.fr. Il ressort des séances de play tests du jeu qu’il est « difficile de trouver un équilibre juste entre l’aspect info, et l’aspect jeu. Le ludique ne doit pas effacer l’info. » Or, faire passer un message via le jeu vidéo et atteindre cet « équilibre subtil » entre la partie « news » et la partie « game » est justement le challenge qu’ont essayé de relever les concepteurs, journalistes, game designer et développeurs, de Primaires à gauche. L’étude des réactions des joueurs nous permettra de dire s’ils y sont parvenus.

Conférence sur l’information en ligne

A la suite de cet atelier, Franck Rebillard (Paris 3/CIM) a exposé au public les résultats de plusieurs études récentes (Etats-unis/France) portant sur le contenu des sites d’info en ligne. Qu’en est-il de la diversité et de l’originalité de l’information en ligne, de la multiplicité des sources et des flux d’information sur Internet ? Dans certaines études citées, le contenu des sites d’information appartenant à des titres de presse est comparé à celui des blogs et autres sites de « journalisme citoyen ». On apprend que certains sujets, comme les faits divers, intéressent moins les blogs amateurs que la presse, alors que pour les sujets plus légers et divertissants, l’inverse se vérifie. D’autre part des études montrent que « les comptes Twitter les plus retweetés sont majoritairement ceux des médias pro ». Cela confirme une certaine tendance au « suivisme » de la part des blogueurs, tendance que des travaux de recherche ont déjà mis à jour. Les médias dits « traditionnels » ou « mainstream » occupent une place centrale dans la production d’informations; une grande partie de l’activité des blogueurs ou journalistes amateurs consistant à commenter et à diffuser des infos produites par des médias. Toutefois, cette tendance ne contredit pas une autre tendance : le pluralisme de l’information sur les sites participatifs (Agoravox, Le Post) est plus grand que sur des sites de médias, audiovisuels notamment. La variété de sujets traités est plus grande et les effets de redondance moins élevés. Toutefois l’impression générale « d’unicité de l’information » sur le Web peut se vérifier. Malgré une multiplicité des sources et des flux, une grosse majorité d’articles traitent d’une minorité de sujets : « 20% des sujets d’articles d’une journée sur le web représentent plus de 80% des articles publies en ligne ».

à suivre…

Retour sur les Journées d’étude – jeudi matin

Je ne vais pas m’atteler à faire une synthèse exhaustive des interventions et des riches échanges qui ont eu lieu pendant ces deux Journées d’étude. La tâche serait bien compliquée, d’autant plus que mon rôle de (gentil) organisateur ne m’a pas laissé la liberté de prendre des notes. Je vais plutôt tenter l’exercice peu académique de restituer la quintessence des échanges telles que les utilisateurs de tweeters présents pendant ces Journées l’ont saisie…en 140 caractères. Merci à Emmanuel Vandamme, Fréderic Bailly, Marc Mentré, Olivier Mauco, Jean-Marc Manach, Sylvain Marcelli, Nicolas Filio, Juliette de Maeyer et à toutes et tous les autres qui ont contribué à alimenter le canal #Journum

Conférence d’introduction par Jean-Marie Charon

Jean-Marie Charon (sociologue des médias / CNRS) a ouvert ces Journées d’étude en donnant une conférence sur les médias à l’ère numérique. Le sociologue a voulu replacer la question du numérique dans une perspective historique en mettant l’accent sur les aspects importants et les éléments clés de l’évolution des médias sur 40 ans. Quatre traits saillants de l’information à l’ère numérique ont été délimités :

1/ l’accélération du traitement de l’information

2/ le déplacement du terrain physique vers le terrain en ligne (blogs, réseaux sociaux, crowdsourcing, etc.)

3/ la construction de contenus et de récits multimédia

4/ le participatif et le collaboratif

Cette intervention a suscité des réactions et des questions. Certains se demandent s’il n’y aurait pas une « obligation de réinventer le modèle économique » de la presse, pendant que d’autres s’interrogent sur le fait que « le numérique revalorise le journalisme « assis » ». Sur Tweeter on a droit à la question tarte-à-la-crème : « le Web va-t-il tuer la presse écrite ? ». Heureusement les débats ont déjà pris de la hauteur. Jean-Marie Charon préférant préciser dans la discussion que « le webjournalisme n’est pas un phénomène unifié » mais « un processus en évolution ». D’autre part, « l’internaute n’existe pas, il y a des individus qui ont des pratiques d’une série de médias ». En conclusion, il insistera sur la nécessité pour les médias d’innover.

Atelier sur les nouveaux formats du webjournalisme (Webdoc, data journalism)

La première partie de cette atelier a été consacrée au webdocumentaire. Samuel Gantier (Valenciennes / DeVisu) et Laure Bolka (Lille 3 / Geriico) ont présenté leur travail sur la mise en scène du rôle du journaliste dans le webdocumentaire à partir des productions de la société Honkytonk («Voyage au bout du charbon», etc.) . Ils se demandent si le webdocumentaire est un format adapté à «l’enquête journalistique immersive ». On apprend notamment que le terme webdocumentaire apparaît pour la première fois en 2002 lors du Festival «Les cinémas de demain : le webdocumentaire », au Centre Pompidou. Bernard Monasterolo (directeur artistique au Monde.fr) et Joseph Beauregard (auteur du webdoc sur l’extrême droite pour lemonde.fr ) ont quant à eux évoqué leurs pratiques et décrit la chaîne de production d’un webdocumentaire. Ce fut également l’occasion de présenter l’activité du Monde.fr en la matière. Le Monde.fr produit une quinzaine de webdocs par an (5 en interne) et dispose d’un budget relativement réduit pour cela (100 k€ l’année dernière, 200 k€ cette année). Au Monde.fr, une bonne audience pour un « webdoc c’est entre 100 000 et 150 000 », mais il n’est pas facile de saisir les comportements de navigation des lecteurs et de « les amener aux webdocs ». Dans la salle, une question de « geek » est posée : Flash vs HTML5 ? Cette question révèle que les choix techniques ne relèvent pas seulement d’enjeux techniques. Bernard Monasterolo rappelle qu’il « milite pour que les journalistes aient la maîtrise des outils ». Il affirme qu’il y a un « besoin de journalistes avec des compétences multimédia », et déplore qu’on « n’en trouve pas en France ». Dans la discussion qui suivit les interventions, il a été rappelé que « consulter un webdoc demande du temps libre et un cerveau disponible à l’action ». Quant au modèle économique de ce format relativement récent, il est forcément difficile à trouver. Sophie Verney-Caillat (Rue 89) expliquera un peu plus tard dans la journée que « Rue 89 ne fait pas de webdoc parce que c’est trop cher et ne provoque pas assez de clics ». Pour le moment, le webdoc n’est pas profitable mais c’est un format de luxe qui permet aux professionnnels de « se faire plaisir » tout en « impliquant l’audience », en « innovant » et en « expérimentant ». Une sorte « d’évangélisme multimédia ».

La deuxième partie de cet atelier était consacrée au data journalism et au « journalisme augmenté » (une expression aujourd’hui à la mode mais qui ne devrait pas tarder à être supplantée par une autre comme le souligne Jean-Marc Manach). Alain Joannés a tout d’abord rappelé que l’usage des données et de l’infographie dans la presse n’est pas un phénomène nouveau. Toutefois, aujourd’hui l’accès à ces données est facilité. Pour lui, « la donnée ne fait pas l’info mais elle a le mérite de ramener les journalistes aux faits ». Son intervention s’est axée en effet sur cette problématique de la nécessité d’un « retour au factuel », ce qui a l’air d’avoir ravi une personne du public qui s’exclame sur Tweeter « avec le Datajournalisme, on revient aux faits. « L’opinion du journalisme à la fin, je veux des faits ». Ah oui ! ». Tout l’enjeu pour le journaliste, comme l’a bien résumé Alain Joannés, est de sélectionner des données pertinentes et de créer des relations entre ces données de manière à « faire sens ». Les outils numériques offrent des possibilités étendues de visualisation de l’information comme en témoigne Jean-Marc Manach en décrivant sa pratique de « journaliste-hacker » et en listant une série d’outils gratuits disponibles sur Internet qui permettent de « s’essayer au datajournalisme, sans être développeur : Manyeyes, Google Chart Tools, Yahoo Pipes, etc. ». Le journaliste d’Owni insiste sur « ce qui fait avancer ces nouvelles formes de journalisme » : « la capacité d’initiative de quelques journalistes dans les rédactions ». Ses propos ont été illustrés par des articles « enrichis » (graphismes, vidéos « embedées » etc.). Pour Jean-Marc Manach, « c’est pas internet qui tue les journaux, mais leurs contenus qui sont dépassés ». Il faudrait des journalistes aux compétences élargies pour produire ce journalisme « augmenté » qui reste encore le fait de trop rares journalistes (le travail de Nicolas Kayser-Bril d’Owni est pour lui exemplaire). Dans cette perspective, le journaliste « passe à un rôle de chef de projet » et « doit savoir vraiment discuter avec un DA ou un flasheur ». Sylvain Parasie qui vient de réaliser une enquête de terrain sur les journalistes-hackers du Chicago Tribune met en lumière ce processus de rapprochement entre des métiers (du journalisme et de l’informatique par exemple). Il souligne qu’aux Etats-Unis des développeurs (tels que Adrian Holovaty à Chicago) s’intéressent aussi au journalisme, et travaillent à « enrichir » le journalisme. Dans la discussion, il a été question de l’augmentation de la charge de travail et de la charge cognitive du journaliste engagé dans ce processus d’enrichissement de l’information. Jean-Marc Manach n’a pas sous-estimé cet aspect. Et de conclure que lorsque l’on parle de « journaliste augmenté, ce n’est pas du salaire qu’il est question ».

à suivre…

Le compte-rendu Twitter des journées

L’intégralité du live tweet est accessible sur ce wall sur http://journum.tweetwally.com.

Retrouvez chaque journée sur les récits Storify ci-dessous (merci à Juliette @juliettedm).

Jour 1

Jour 2

« Gratuité de l’information et participation des amateurs : quels risques pour les professionnels de l’information », Eric Marquis

Dans ce texte, Eric Marquis ne s’exprime ni en tant que journaliste à L’Express ni au nom de la Commission de la carte (CCIJP) mais comme dirigeant du Syndicat national des journalistes SNJ.

Sur Internet, l’espace est infini. Le modèle économique de l’info sur Internet est incertain. Ces deux caractéristiques amènent les éditeurs en ligne à promouvoir le « contenu » gratuit. Pour le SNJ, ce n’est pas le poids croissant du citoyen comme « source », son rôle et sa visibilité accrus, qui posent problème, mais la mise en concurrence de l’amateur avec le journaliste professionnel. Le danger est le nivellement par le bas sur les plans social et éditorial.
Dumping social, d’abord. Les conquêtes de la profession remontent au statut du journaliste professionnel (1935) : des minimas de salaires, l’indemnité de licenciement d’un mois de salaire par année d’ancienneté, les clauses dites de conscience et de cession (qui permettent au journaliste professionnel de quitter l’entreprise avec ses indemnités en cas de changement d’orientation ou de propriétaire du titre), etc. Quant au journaliste pigiste, il bénéficie de la présomption de contrat de travail (loi Cressard de 1974, Code du travail, art. L. 7112-1) et du fait que « tout travail commandé ou accepté par une entreprise de journal ou périodique et non publié est rémunéré » (L.7113-2).
Mais aujourd’hui les journalistes professionnels doivent faire face à une précarité sans précédent. Le métier de photojournaliste par exemple est en voie de disparition. On ne peut pas dire d’un côté « c’est super les amateurs qui envoient des photos » et de l’autre se lamenter sur la fin du photojournalisme !
Information sacrifiée, ensuite. Si le journalisme consiste à rechercher, pour le public, des informations, les vérifier, les situer dans un contexte, les hiérarchiser, les mettre en forme, et éventuellement les commenter (projet de Code issu des Etats généraux de la presse ; charte 2011 du SNJ), les contributions des amateurs (et de certains sites « low cost » d’« info ») se caractérisent par
- essentiellement du commentaire
- pas ou très peu de recherche de l’information dans la « vraie vie »
- la dictature de l’urgence, au risque de la rumeur
- le culte de la transparence
- la prime à l’émotion, au « buzz », le sensationnalisme.
Et désormais, dans un phénomène de contagion, cette conception de l’ « information » a les faveurs non seulement des éditeurs en ligne mais aussi de la presse « traditionnelle ». Le reportage de terrain s’y fait de plus en plus rare, on y a de plus en plus recours aux « contributions extérieures » et « les journalismes de spéculation, de divertissement et de spectacle triomphent au détriment de l’exigence de qualité » (Ignacio Ramonet). Bref, s’il s’agit de faire circuler du « contenu » sans se soucier de la qualité, pas besoin de professionnels de l’information.
Le danger est donc de passer par-dessus bord près d’un siècle de batailles et d’acquis pour un journalisme professionnel au service de la qualité de l’information. S’il importe aujourd’hui de lutter contre la confusion des genres, c’est non pas pour préserver le monopole d’une supposée caste – elle-même mal en point aussi bien sur le plan social que sur le plan de la crédibilité –, mais pour refonder le journalisme professionnel, non pas en soustrayant mais en ajoutant aux acquis séculaires l’apport de la participation citoyenne.

Intervention de Sophie Verney-Caillat (Rue89)

Exemple d’articles sur la problématique du journalisme citoyen et de l’entrée des amateurs :

Projection du film « La rue est à eux » consacré à Rue 89

Dans le cadre des Journées d’étude sur le journalisme à l’ère numérique, une soirée sur le thème du journalisme citoyen est organisée, jeudi 12 mai (20h00), à L’hybride.

La projection du film d’Isabelle Régnier consacré à Rue 89, « La rue est à eux » (2010-1h33) sera suivie d’une discussion en présence de Sophie Verney-Caillat, journaliste à Rue89 ( la fiche de la soirée).

« La rue est à eux » / Isabelle Régnier / France / 2010 / 1h33

Créé en 2007 par 4 anciens journalistes de Libération, Rue89 est un site d’actualité en ligne qui place le lecteur au centre de l’information. Ce film documentaire rend compte de cette tentative de renouvellement de la pratique journalistique. Prenant acte de la crise profonde que traverse la presse, il interroge la possibilité de créer, aujourd’hui, un organe de presse indépendant, et met en lumière la spécificité du journalisme dit « participatif » ou « citoyen ».

« Le public acteur », Nicolas Filio

« Le public : source d’information et aide à la vérification »

Avec internet, les interactions entre les journalistes professionnels et leur public se développent. Les citoyens, témoins d’un événement d’actualité, ont de plus en plus de moyens de devenir des sources d’information et des producteurs de contenu. Citizenside développe des techniques pour valoriser ce journalisme participatif.
Mais le public peut aussi jouer le rôle de garde-fou et rectifier les éventuelles erreurs des journalistes. Enfin, il a la possibilité d’aider les journalistes dans la vérification de l’information et son enrichissement. Accorder au public une plus grande place dans le traitement de l’information est un enjeu majeur pour l’avenir des médias.

Rédacteur en chef adjoint à Citizenside

« Le newsgame », Olivier Mauco

« Le newsgame : genèses socio-économiques d’un dispositif vidéoludique de mise en scène de l’information. »

Le newsgame est un dispositif ludique de mise en scène de l’information empruntant aux jeux vidéo ses codes cognitifs et procéduraux. Pour autant, l’alliance entre médias en ligne et jeux vidéo n’est pas naturelle. Le secteur du jeu vidéo a connu de nombreuses évolutions lui permettant petit à petit de s’émanciper de ses premières filiations (arcade, jouet électronique), l’industrie s’est autonomisée avec la massification des plateformes domestiques (1978-1986). Pour autant, les moyens de distribution dématérialisée et l’émergence de plateformes de jeux alternatives (facebook, mobiles), permettent l’avènement de nouveaux marchés du jeu vidéo en marge des grosses productions : jeu indépendant, serious games, social games, jeu en réalité augmenté. De nouveaux espaces pour la diffusion et de nouveaux acteurs de la création modifient la donne sociologique et contribuent à l’hybridation des biens : web agency, universitaires, entreprises de elearning, important des manières de faire et utilisations plurielles du jeu vidéo. Le newsgame s’inscrit dans cette évolution technique, matérielle, économique et sociale.

Olivier Mauco, Ingénieur d’études, (CNRS, MSH Paris Nord)
Doctorant en science politique
Paris 1 Panthéon Sorbonne
Centre de Recherches Politiques de la Sorbonne

« Journalisme amateur et école de journalisme », Nathalie Pignard-Cheynel

« Production journalistique amateur : les écoles de journalisme servent-elles encore à quelque chose ? »

La question peut sembler provocatrice ; elle s’inscrit pourtant dans des réalités, des pratiques et des discours à l’œuvre au sein des écoles de journalisme. Et cette question en appelle d’autres : comment les formations au journalisme négocient-elles le virage du web 2.0 et le développement des pratiques amateurs de masse, notamment lorsque celles-ci sont présentées comme « journalistiques » ? Quel(s) discours tiennent les enseignants et intervenants de ces formations à l’heure où les relations et les frontières entre amateurs et professionnels sont de plus en plus floues ? Et comment les jeunes entrants dans les écoles, ces « digital natives » que l’on peut supposer pétris d’une culture web et participative vivent-ils l’apparente contradiction entre ces pratiques amateurs et l’attachement aux normes du professionnalisme journalistique ? Une enquête comparative menée au sein de quatre formations de journalisme francophones permettra d’apporter quelques éléments de réponses et d’envisager le rôle joué par les écoles de journalisme dans ce contexte mouvant.

Nathalie Pignard

Maîtresse de conférence à l’Université de Grenoble 3 / Obsweb

« Multiplicité de l’information en ligne ? », Franck Rebillard

« Multiplicité des sources et des flux, multiplicité de l’information en ligne ? »

Sur l’internet, l’information d’actualité peut emprunter de multiples voies. Elle peut tout d’abord être délivrée sur de nombreux espaces de publication : blogs, webzines, sites participatifs, services d’actualité des portails, agrégateurs de nouvelles, en sus des versions web des journaux et magazines, stations de radios, et chaînes de télévisions. Elle peut aussi être diffusée au sein de réseaux socionumériques (Twitter, Facebook, principalement) qui en amplifient la circulation.

Le contenu de l’information en ligne s’avère-t-il pour autant diversifié ? Les nouvelles sont-elles aussi multiples que les différents espaces et flux numériques par lesquels elles transitent ? Les initiatives reposant sur la participation des internautes offrent-elles une alternative aux acteurs dominants que constituent les moteurs et autres portails ?

Plusieurs de ces questions ont été abordées dans des travaux scientifiques récents, dont les principaux résultats seront livrés. Nous proposons de présenter, pour le cas de la France, une recherche collective ANR que nous conduisons actuellement autour de la question du pluralisme et de la redondance de l’information sur l’internet. Nous la compléterons avec une série d’études réalisées aux Etats-Unis, comparant les informations des sites de médias existants avec celles des sites participatifs, des blogs, et celles transmises via Twitter.

Franck Rebillard

Professeur à l’Université Sorbonne Nouvelle Paris 3 / Laboratoire CIM